Post-restante
Du monde autour novembre 28th, 2007Papa,
J’ai longuement cherché à te joindre pendant de nombreuses années, j’ai attendu que tu donnes une réponse à mon courrier. Une unique bouteille jetée à la mer… Et tu n’as gardé que la bouteille, la préférant aux mots que je pouvais te dire, aux questions que j’avais a te poser…
Bien sur, il est plus facile d’avoir de l’autorité sur une petite fille. Bien sur qu’il est plus facile de lui faire peur et de soutenir son regard qui pose un milliers de questions auxquelles on ne veut pas répondre. Lorsque l’enfant grandi, il revient vers son passé pour pouvoir construire sereinement son avenir mais que faire lorsque l’homme ne réponds pas et qu’il préfère s’enfermer dans une bouteille que de voir le mal-être de son enfant ?
Lorsqu’on est enfant, on cherche ce que les grands offrent, les repèrent qu’ils vont bien vouloir donner à nos vies et les limites qui vont arrêter nos envies.
Tu n’as pas été un père pour moi ! Je ne sais rien de toi… Que ce que les autres ont bien voulus me raconter, comme si ma mémoire avait formater les moments difficiles de ma vie, laissant échapper cette grande partie de moi pour faire place à un grand vide et à beaucoup de questions.
J’ai longtemps espéré que tu répondes à mes questions. J’ai même essayé de t’écrire mais mes mots sont restés morts et ils n’ont trouvé que ce que tu as montré de toi : rien !
Tu voulais être le caïd du quartier… De ce quartier miteux dans lequel nous vivions. Tu ne vivais qu’au travers des bars que tu visitais et des coups que tu distribuais. N’y avait-il qu’a travers cela que tu te sentais vivant ?
Tu avais dans ta maison une femme et trois petites filles… Trois petits anges… Et tu n’avais d’autre idée que de leur faire du mal et d’agresser l’amour qu’elles voulaient te donner.
Nous n’étions que des enfants papa et aux côtés de cette femme extraordinaire qui était la tienne, nous avons tenu le coup, nous avons grandi…
J’ai reproduits ce que je n’ai pas vécu, cherchant peut-être inconsciemment ce qu’avait pu être l’idée noire qui te faisait préférer la bouteille plutôt que ta famille.
Mais, je n’ai pas trouvé, papa, je n’ai pas compris. J’ai longuement cherché ce que les coups que me donnait l’homme que j’avais en face de moi pouvait lui apporter mais je n’ai pas compris, je ne comprendrais jamais…
Aujourd’hui, c’est trop tard, tu es parti. Tu as rejoint le monde meilleur, paraît-il. Le monde, ou surtout, on ne boit pas ! Je ne sais pas ce qu’a été ta vie… Mais tu n’as jamais cherché à connaître la mienne. Jusqu’au bout, tu as préféré cette fierté morbide qui t’a emporté loin de tout, qui a voilé ton corps et ton coeur pour toujours. Le cancer que tu as provoqué en faisant de ta vie un silence, des cris, des pleurs et des regrets, surtout des regrets…
Dis moi, papa, n’as-tu jamais voulu revenir en arrière…
Ne pourrait-on pas effacer ce que tu as fait, comme une salissure qui a trop séchée ? Je ne le pense pas ! Jusqu’au bout tu as préféré la bouteille plutôt que ta famille, jusqu’au bout tu es resté murer dans le silence… Et dans ce paradis, tu n’as pu prendre que quelques souvenirs… Tu n’as rien gardé d’autre, tu n’as rien voulu d’autre… Tu n’as pas voulu nous voir devenir des femmes, par peur peut-être, que nos questions envahissent ta vie. Peut-être nous as-tu gardé dans ta mémoire comme trois inconnus que tu as croisé, un jour, comme ça…
Le paradis garde un goût d’enfer pour les vivants et ceux qui se posaient des questions les gardent en suspend comme autant de mots que tu n’as pas voulu dire…
Tu as voulu oublié tes enfants, oublié une vie que tu n’as vécu qu’au travers de l’alcool mais dis-moi papa, cognes-tu toujours sur les anges ?